Tu peux sortir de table : un autre regard sur l'anorexie

Présentation
de l'éditeur
L'anorexie
dérange. Minimisée, elle ne serait qu'un effet pervers de la mode et de la
publicité. Dramatisée, elle devient l'expression de tendances suicidaires.
Mais, derrière la faiblesse du corps anorexique, rares sont ceux qui cherchent
à déceler une éventuelle force d'âme. Dans toutes les civilisations, pourtant,
existent certaines pratiques ancestrales du jeûne et de l'ascèse auxquelles
sont volontiers associées les vertus du courage et de la maîtrise de soi. Les
anorexiques d'aujourd'hui en seraient-elles dépourvues ? Ne font-elles pas
preuve d'une volonté hors du commun dans ce qui s'apparente à une quête de
pureté ? Pourquoi réduire leur sensibilité à un caprice ou à l'envie d'en finir
?. J'ai enduré l'anorexie et je ne le souhaite à personne. Je confirme qu'il
s'agit d'une pathologie, qui présente en outre de graves dangers. L'anorexie
doit être vaincue. Mais elle ne pourra l'être vraiment que si ceux qui la
combattent reconnaissent aux anorexiques leurs qualités spécifiques
L'anorexie
a déjà fait couler beaucoup d'encre. Témoignages, fictions, analyses
psychiatriques ou sociologiques, articles de presse ne manquent pas. Et
pourtant des zones d'ombres planent encore autour de cette pathologie grave.
Tous ces écrits, à leur manière, tentent d'appréhender cette maladie mentale
qui touche 2% des Françaises. Pour Jessica Nelson, les médias évoquent trop peu
les 92% de femmes qui s'en sortent. (Elles sont majoritairement atteintes: 6 à
10 femmes pour 1 homme.) Loin de vouloir porter atteinte à la mémoire des
jeunes filles décédées des suites de la maladie (épuisement, carences, arrêts
cardiaques ou suicides), l'écrivain a tenté d'apporter, par son vécu, d'autres
pistes de compréhension, et surtout de l'espoir.
Entre
essai, document et témoignage
L'auteur,
âgée aujourd'hui de 27 ans, éprise de littérature, fiancée, a traversé quinze
ans d'anorexie. De 33 à 55 kilos, le parcours a été douloureux, semé de doutes
(et l'est encore parfois, comme elle le confie avec pudeur). Cependant, à 17
ans, dotée d'une lucidité incroyable, la jeune fille avait déjà conscience
qu'elle s'en sortirait un jour, que l'anorexie n'était qu'un passage, une sorte
de défi à relever. Car, pour Jessica Nelson, une anorexique ne veut pas mourir,
bien au contraire!
Lassée
des discours actuels sur l'anorexie, de la diffusion massive des corps
décharnés, l'écrivain a décidé, en 2007, de témoigner, d'exposer ses opinions.
Elle a voulu souligner cette force qui anime les malades. Cette même puissance
d'autodestruction peut devenir celle de la reconstruction. Cela dit, la lutte
est ardue, et Jessica Nelson ne prétend pas le contraire. La rédaction de ce
livre a d'ailleurs été complexe, avoue-t-elle, dans les dernières pages. Le
retour en arrière violent. L'abandon du projet tentant.
Il n'en
fut rien, heureusement. Car l'essai touche à son but avec brio. Eclairé par de
nombreuses références, citations d'ouvrages, de témoignages, d'extraits de son
journal intime, d'entretiens avec Marcel Rufo, entre autres, pédopsychiatre et
ex-directeur de la Maison de Solenn à Paris, le lecteur est amené à réviser ses
positions. Les clichés tombent: non, la mode n'engendre pas l'anorexie ! Non,
les mères ne sont pas responsables de tout! Oui, l'anorexie n'est que la partie
visible d'un profond malaise. Oui, il faut changer les moyens de traitement,
l'aide apportée aux victimes de l'anorexie! Et oui, bien sûr, il est possible
de (re)vivre après avoir traversé cet enfer!
Evidemment,
tout le monde n'adhérera pas aux théories de l'écrivain. Certains, peut-être,
s'offusqueront des dénonciations, du ton direct, sans concession (semble-t-il)
quand l'auteur établit les faits, pointe du doigt. Pourtant, à mesure que se
déroule l'essai, se dessinent des nuances dans les propos de l'auteur, toujours
étayés, expliqués et ramenés à ses propres convictions. Jessica Nelson ne veut
pas convaincre envers et contre tout, seulement exposer, proposer des nouvelles
pistes de réflexion, et par là même, aider les jeunes filles qui souffrent
d'anorexie.
La
force de ce livre réside dans sa forme hybride, entre essai, document et
témoignage. Le fait que l'auteur ait connu cette pathologie, sans qu'elle ne
s'épanche non plus, donne du crédit, du sens à sa vision de la pathologie et à
ses propositions de changements.

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