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L"anorexie un adversaire de taille par Renée Laurin

Manger trop, trop peu, de façon compulsive, irrégulièrement ou avec culpabilité: les troubles alimentaires ont plus d'un visage et touchent un nombre croissant de jeunes filles. Espace Parents


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Les symptômes à surveiller

Plus de 65 000 Québécoises âgées de 14 à 25 ans souffrent d'un trouble alimentaire. Le plus souvent, il s'agit d'anorexie ou de boulimie, les deux formes les plus graves. Les troubles alimentaires affectent surtout les filles mais, dans 10 % des cas, il arrive que des adolescents en souffrent aussi. Cela fait quelques années que l'on voit apparaître des cas d'anorexie dans les cours d'école du primaire: des fillettes d'à peine neuf ans ne mangent plus parce qu'elles entretiennent une peur inconsciente de vieillir.

Depuis 1995, le pédiatre Jean Wilkins, responsable de la Clinique des troubles de la conduite alimentaire de l'hôpital Sainte-Justine, à Montréal, traite annuellement entre 120 et 150 nouveaux cas d'anorexie mentale. C'est un chiffre énorme, il en convient lui-même. Lorsqu'on sait que le taux de décès relatif aux troubles alimentaires se situe aux environs de 10 %, il y a lieu de s'alarmer.

Une maladie complexe

La maladie est complexe et extrêmement difficile à traiter. Les adolescentes qui en sont atteintes nient leur problème. Pire encore, elles portent leur maigreur extrême comme un trophée. Le contrôle qu'elles exercent sur leur faim et sur leur poids devient pour elles une victoire personnelle sur elles-mêmes et sur leur entourage. Dans de telles conditions, les amener à consulter représente un tour de force.

Les anorexiques sont souvent des êtres faciles à vivre et ayant toujours fait ce qu'on leur demandait. Le jour où elles doivent se définir par elles-mêmes, elles éprouvent un vide immense, explique Dr Wilkins. Le contrôle de leur poids vient combler ce vide et devient leur première grande réussite personnelle. Abandonner cela, c'est abandonner une réussite.»

L'histoire de Josianne, une ex-anorexique aujourd'hui âgée de 24 ans, illustre très bien les propos de Dr Wilkins. «J'aimais sentir la faim et être capable de ne pas manger», raconte-t-elle. Au début, c'était une victoire contre son corps, qu'elle n'aimait pas, puis c'est devenu une réaction contre l'autorité. «Mes parents étaient extrêmement protecteurs, poursuit-elle. Ils m'empêchaient de faire plein de choses. Mon corps était la seule chose que je pouvais contrôler. C'était l'expression de mon autonomie.»

La peur de vieillir

Nathalie St-Amour, directrice de la clinique privée Saint-Amour, qui est située à Québec et qui se spécialise dans le traitement des troubles alimentaires, constate avec inquiétude que ces troubles ne se limitent plus aux adolescentes. «Plusieurs malades ont entre 9 et 11 ans, et n'acceptent pas les transformations de leur corps, explique-t-elle. En consultation, elles finissent par admettre qu'elles ne veulent pas vieillir ou qu'elles ont peur de devenir adultes.»

Dr Wilkins observe le même phénomène lorsqu'il se retrouve face à des fillettes d'à peine 11 ans qui n'ont plus que la peau et les os. «Leur problème reflète souvent leur refus de devenir des femmes, dit-il. Tout va trop vite pour elles. L'anorexie devient un refuge où elles peuvent se permettre de faire une pause.»

Des problèmes de santé en vue

Quelles que soient les causes du problème, le refus de s'alimenter mène inévitablement à une impasse, puisque personne ne peut se passer de nourriture pour vivre. Refuser de manger convenablement peut, à long terme, provoquer de graves problèmes de santé et conduire à la mort. Les premières conséquences d'un manque de nourriture sont la maigreur et l'irrégularité, voire l'arrêt complet, des menstruations. D'autres symptômes peuvent se manifester par la suite: sécheresse de la peau, constipation, perte de cheveux... Parfois, on assiste à un ralentissement ou à un arrêt de la croissance. À la longue, le corps se protège des carences alimentaires en ralentissant son métabolisme ainsi que certaines fonctions vitales. La production d'hormones thyroïdiennes décroît, ce qui peut provoquer un abaissement de la tension artérielle. Lorsque les signes vitaux atteignent un seuil critique, une hospitalisation forcée devient nécessaire. La cause de décès principale est un arrêt cardiorespiratoire provoqué par un déséquilibre électrolytique ou de l'hypokaliémie (une carence en potassium qui peut entraîner l'insuffisance respiratoire).

La phase boulimique

Heureusement, la majorité des gens souffrant d'un trouble alimentaire finissent par s'en sortir; cela, au bout de quelques mois ou de quelques années dans certains cas. Les parents d'une personne anorexique éprouvent un sentiment d'impuissance très lourd à porter. Aussi, lorsque leur enfant se remet à manger et à prendre du poids, ils éprouvent un immense soulagement. C'est à cette étape que la personne anorexique fait face à la plus grande souffrance et qu'elle doit être suivie de très près, de sorte à l'aider à éviter de faire une rechute. Confrontée à la perte de contrôle de son contrôle, elle se met à manger de façon compulsive et désordonnée. On assiste alors à l'apparition d'épisodes boulimiques.

«La boulimie, c'est la même maladie que l'anorexie, mais c'est une autre étape, explique le Dr Wilkins. Les phases de fringale font partie du processus de guérison. Certaines personnes peuvent engloutir un sac entier de biscuits.» Le danger, c'est que les personnes atteintes se mettent à se faire vomir de façon régulière ou à utiliser des laxatifs par peur d'engraisser.

L'après-anorexie

Lorsque les personnes souffrant de ce type de trouble atteignent enfin un équilibre alimentaire, elles reconnaissent généralement qu'elles sont vulnérables sur le plan psychologique et elles entreprennent une démarche psychothérapeutique. Certaines envisagent alors une remise en question de leur orientation scolaire. C'est le début d'une ère nouvelle où elles se permettront enfin de faire les choses par plaisir et par choix personnel.

Celles qui n'auront pas réussi à identifier et à régler leur problème à la source risquent de le voir réapparaître à l'âge adulte sous une autre forme, prévient Mme Saint-Amour. Plusieurs ex-anorexiques mal soignées connaissent des épisodes de dépression. Elles risquent également d'avoir des relations sexuelles difficiles, étant donné qu'elles n'arrivent pas à lâcher prise facilement.

Dr Wilkins soutient, de son côté, que celles qui demeurent anorexiques après leur adolescence sont plus susceptibles de développer un autre trouble psychiatrique, comme le trouble de la personnalité limite (borderline), la dépression ou un trouble du caractère.



Article ajouté le 2008-10-15 , consulté 62 fois

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